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A "Alexandre".
Il est mort hier.
Ils me l'ont dit. Maman était assise à côté de moi. Un simple appel. Pourtant, c'était une journée pas moche du tout qui s'était déroulée jusque là, presque joyeuse. Un simple appel qui vous détruit.
"Alexandre? Pierre est décédé. Excuse moi de te l'annoncer comme ça, je sais que vous vous connaissiez depuis longtemps. L'enterrement aura lieu vendredi, je t'envoie les autres détails par message, je ne veux pas parler plus de ça. On doit être courageux."
Je me lève de mon siège. Elle a déjà raccroché. Pas le temps de s'y préparer, aussi subit qu'un éclair. Une montagne qui s'abat sur vos épaules. Et les larmes. Il pleut dehors, il fait froid. Mon téléphone est par terre, je ne me rappelle pourtant pas l'avoir laissé tomber.
Maman semble inquiète, elle a surement vu mon visage blêmir.
"Pierre est mort." Ma voix n'est qu'un murmure étouffé par ma gorge.
Mes genoux vacillent, sont-ils faits de mousse? Je marche d'un pas incertain jusqu'à ma chambre et m'écroule sur mon lit, roulé en boule. Et je pleure, hurle ma peine en silence, maudit la vie, cette vie injuste.
Maman m'a suivi et tente de me prendre dans ses bras, je la repousse, elle s'en va. S'est-elle sentie rejetée ou bien a-t-elle vu mon geste comme besoin de solitude? Je ne sais pas. Je m'en fiche. Le sel laisse le goût âpre de la tristesse dans ma gorge, tandis que les larmes me troublent la vue. Je reste là plusieurs heures, cédant parfois aux sanglots que m'amène le chagrin. Je sombre dans les ténèbres réparatrices du sommeil.
Dix heures ont passé lorsque j'émerge, mais il me semble n'avoir dormi que quelques minutes. J'ai l'impression qu'on a creusé en moi. Je ne pleure plus. Je n'y arrive plus. Je vais dans la cuisine et me désaltère à me noyer, puis me dirige vers la salle de bain, vidé de toute pensée. L'eau brulante ruisselle sur la peau pâle de mon visage, m'emplit de calme. Je reste ainsi pendant un moment qui me paraît éternel. Le chagrin est toujours là, comme une plaie béante, toujours aussi fort. Mais il commence à s'intégrer en moi. Le temps fera le reste.
Demain, j'irai à l'enterrement. Je pleurerai surement de nouveau. Oui. Des gens seront aussi triste que moi, d'autres plus. Certains ne seront la que pour la forme, sans doute.
Ensuite, peut-être que mes proches me diront qu'ils ont du chagrin pour moi. Mais je m'en fiche.
Et la vie continuera, mais jamais je ne t'oublierai.