Imaginons qu'il ne te reste que 24 heures à vivre que ferais-tu ?

Je continue ma course sur la route.Le ciel est d'un noir profond. Le froid de la nuit tente de s'insinuer en moi. Je cours, encore et encore. Une foulée, encore une. La vapeur d'eau que j'expire se condense en un gros nuage de buée, je suis tel une locomotive à vapeur.
J'ai mal. Mes jambes me hurlent leur douleur et leur fatigue, mon souffle est irrégulier; je dresse mes murailles dans mon esprit. Ce soir, elles ne doivent pas céder.
Les arbres projettent l'ombre de leur immenses feuillages sur mon chemin, je ne distingue rien par terre. La moindre irrégularité sur mon chemin et je ne me relèverai surement pas. La fin. Mais j'prends l'risque, cette nuit j'm'accroche à la vie.
Chaque mètre parcouru me rapproche de mon objectif, de cet espoir fébrile, la dernière lueur avant de sombrer dans le noir et l'oubli.
La douleur me vrille les tempes, j'ai l'impression qu'un feu de forêt entier brule dans mes poumons.
J'peux pas, j'peux pas abandonner, j'peux pas lacher!!! J'dois obliger mes foutues jambes malades à avancer, un pied devant l'autre, encore, et encore, jusqu'à la fin!
Je vire à gauche. Les feux de route passent au vert à mon approche, comme pour m'encourager. A droite. Le chemin remonte. Je n'en peux plus, je ne suis pas sur d'avancer encore. Je ne fais même plus l'effort d'avaler ma salive, elle coule dans mon cou tel un chien enragé. Et j'le suis après tout, plein de rage, cette rage de vivre, jusqu'au dernier moment, d'finir mon temps comme j'le veux, pas avant.
Je vois l'enseigne publicitaire qui m'indique que j'approche du but. C'est le sprint final, la fin, la partie la plus dure, le regain d'espoir, la vue de la ligne d'arrivée.
Je me traine plus que je ne coure réellement, mais au moins j'avance, pas après pas. Je boitte.
J'arrive devant le portail qui garde un petit jardin bien entretenu. Je tourne la poignée et exerce une poussée ridiculement faible dessus. Lentement, il tourne sur ses gonds métalliques. Le froid est intense, brulant sur ma peau échauffée par cette course.
Après un temps qui me semble infini, j'ai traversé les quelques mètres de parterres de fleurs du jardin et suis enfin arrivé devant le pas de la porte. Je sonne.
Rester debout en attendant que quelqu'un ouvre le dernier obstacle me demande un effort incommensurable. Enfin quelqu'un arrive. On entrouvre la porte, un œil me regarde dans l'interstice. Je le reconnaitrai entre mille.
Il ouvre la porte en grand à la volée, je tombe dans ses bras sous l'épuisement. J'ai utilisé bien plus de forces que je n'en avais à ma disposition. J'inspire et expire comme un bœuf, mais avec la puissance d'une fourmi. Je sens ma conscience qui s'en va. Il approche sa tête de la mienne, muet, peut-être choqué. Je ne dois pas lui laisser le temps de se remettre de la surprise, après il sera trop tard. Il est temps. J'essaie de parler, mais c'est tout juste si un murmure s'échappe de ma bouche.
"Je t'aime, Fou, je t'ai toujours aimé..."
Et la mort m'accueille dans ses bras maternels.

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