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Belle.
Les larmes du ciel coulent sur mon visage et ruissellent sur mon corps glacé. Tout autour de moi, les arbres, dénudés de leur feuillage par l'hiver, dressent leurs sinistres membres vers les noirs nuages. Exilé solitaire, je marche entre les piliers de bois.
Tous les soirs, l'envie revient, cette fois plus forte que jamais. Mes pas trainants me guident vers le même arbre que la dernière fois, le même arbre que la première fois. Personne ne vient ici, dans les profondeurs de la forêt. Je suis seul.Hormis la rumeur de la pluie, la forêt est muette. Les feuilles mortes forment d'un tapis humide sur le sol.
Comme à son habitude, la corde est suspendue à la plus grosse branche, et porte son nœud coulant. Des serpents de brouillard serpentent autour du tronc. Je m'immobilise et clos mes paupières. Je porte une main à mon cœur: la vie bat encore en moi, mais pour combien de temps?
Une image me vient en tête. Le livre de mon existence, posé sur une table. Je m'en approche, et appose le point final, avant de le refermer, la couverture vers le bas. Je peux même lire la quatrième de couverture de ce qui serait l'histoire de ma vie, écrite en caractères blancs sur fond noir:
"Il fut entouré de personnes qui le laissèrent seul face à la mort."
Tout y aurait été dis. Le choix ne revient qu'à moi seul, personne d'autre ne compte assez pour faire cela avec moi.
J'ouvre les yeux.
Une femme drapée de noir se tient devant moi, sous la corde, et me présente ses bras grand ouverts. Il serait si bon de s'y glisser; elle pourrait réchauffer mon corps et mon âme dans une chaleureuse étreinte... la tentation est si forte!
Un loup blanc se place à mon côté, aussi bruyant que la chute d'une plume. Inconsciemment, ma main se pose sur sa tête. Sa fourrure est si douce, d'une tiédeur apaisante... La puissance de son être me traverse dans ce contact, son esprit envahit le mien, puis se retire aussi vite que la vague qui s'est brisée sur le rivage. L'animal s'en va, je referme les yeux.
Pas ce soir, jolie demoiselle, pas ce soir, gente dame, il me reste un ultime espoir! Je refuse de lâcher, de tout abandonner! Je reviendrai demain. Et peut-être le jour suivant, et ainsi de suite. Mais pas ce soir, ma chère amie.
Cette nuit aussi, je m'accroche à la vie.

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