Cette fois c'est idiot. Mais c'est moi qui ai besoin de deux trois mots.

J'te tiens dans mes bras, contre moi. Tu penses pas. Tu te tais et tu écoutes la musique.
La route s'étend devant moi, si loin, si loin... Je suis à terre, les genoux endoloris par ma chute. Je n'me rappelle pas comment je suis arrivé ici, c'est bien la première fois que j'oublie quelque chose... Je regarde autour de moi. Devant, il y a la route, juste la route, cette route qui parait infinie, vide, et le brouillard dans lequel elle finit par se plonger. Mystère complet.
Derrière moi, il y a aussi la route, mais une route toute droit sortie d'un poème surréaliste de Rimbaud. Le ciel est gris de cristal. Je vois le sentiment d'un Noël en famille, le désir provoqué par la première femme de ma vie, je vois une rivière de larmes qui coule ici, qui disparait là et qui ressort plus loin. Je sens même le bonheur qui flotte dans l'air. Tous mes souvenirs forment un seul et même tableau, aux infinis nuances, des plus sombres aux plus claires.
Mais j'ai mal, mes genoux hurlent leur douleur. Je pleure. Cela faisait longtemps tiens. Je savais pas que je pouvais encore pleurer de douleur. J'essaie de me redresser. Mes jambes tremblent sous la souffrance. Je dois me lever, avancer. Mais je m'écroule. Mes yeux pleuvent toujours, mais de rage. La rage de cette impuissance, la rage de cette vie qui se débat en moi sans pouvoir surgir, clouée au sol.
Comment est-ce que j'ai pu en arriver là? Je n'arrive pas à former la moindre pensée cohérente, seule la douleur est omniprésente. Qu'est ce qu'il m'arrive? Pourquoi est-ce que je n'arrive plus à rien? J'étouffe, le monde tourne autour de moi, mes temps vont exploser. Je perds connaissance.
La douleur a eu raison de moi, elle a gagné. Je vais me laisser sombrer, si je ne me réveille jamais, je ne pourrai plus souffrir. La chute est longue. Comme pour Alice qui tombe dans son trou vers le Pays des Merveilles. Mais moi je n'y arriverai surement pas. Quand la douleur mentale gagne, qu'elle amène son désespoir, c'est pas là qu'on va. C'est pas là.
Non, c'est pas là-bas qu'on va, quand on se laisse abattre par le malheur. J'ouvre les yeux. Y'a une dame qui m'attend en bas, elle me fait un joli sourire, elle sait qu'elle a gagné, alors elle m'attend. Elle n'est pas pressée, elle sait qu'à un moment je vais arrêter de tomber et m'aplatir à ses pieds.
C'est là que je l'entends. La musique. Elle est douce cette musique. Elle vient, elle me prend dans ses bras. C'est étrange, la musique elle me dit tout, elle me dit pourquoi j'étais tombé sur la route. J'ai l'impression qu'elle sait tout, elle contient les mêmes émotions que moi! Mes émotions...? Je... je les sens! Je les sens, mes émotions! Alors... je ne suis pas mort, pas encore!
J'ouvre les yeux. Je suis éblouis. Je vois les silhouettes qui se tiennent derrière moi. Mon père, ma mère et tout ceux qui comptent pour moi. Ils me sourient. J'ai mal, mais ils sont là avec moi. Alors je me lève. Je leur souris. Je leur tourne le dos. J'ai mal. Mais je continue ma vie.