«je n'avais même plus la force de pleurer.»

Mr.Elric
Chaque fois que j'étais seul avec toi, j'avais l'impression d'être de nouveau vivant. Je me souviendrai toujours de cette dernière fois.
Nous rentrions à ton appartement après une soirée à l'opéra. Nous étions passé à pied par le bord de la rivière, main dans la main, tête contre épaule. A elle seule, ta présence chassait toutes mes angoisses, vidait mon esprit de ses éternels tourments. J'avais trouvé l'abri.
Je me rappelle ta voix, me murmurant des mots d'amour, envoutante. Je me rappelle le cerisier en fleur dans ton agréable jardin. Je me rappelle tes bras me soulevant, tel le jeune marié porte sa femme vers son lit de noces, pour traverser les allées de ton verdoyant jardin. Puis tu m'as déposé pour ouvrir la porte. Et nous sommes entrés.
A peine la porte était-elle refermée que tu m'enlaçais dans tes bras et pressais tes lèvres contre les miennes. Mon cœur battait au rythme d'une soirée endiablée à Broadway. Je passais mes mains sur ton torse et ton cou, sentant la douceur de peau, les tiennes vagabondaient en sur mes fesses et mon dos. Dans ces moments là, tu libérais cet animal en toi pour devenir ce mélange de douceur, de passion et de force, cet homme si sensuel... Je me souviens, tes doigts qui déboutonnent ma chemise, ta langue dansant avec la mienne en une éternelle valse.
Je me rappelle aussi le plaisir, le plaisir corporel, le plaisir d'aimer, le plaisir d'être aimé, le plaisir de ne plus être seul. Et le bonheur, le bonheur galopant dans mes veines comme la rivière dévale la montagne, la joie qui m'embrumait l'esprit, me faisant oublier jusqu'à mon propre nom. Seul m'importait d'être entre tes bras.
Je me souviens la chute de chacun des vêtements que nous portions, l'un après l'autre, notre marche vers ton lit sans que jamais nos lèvres ne se séparent.
Je me souviens tes yeux, si beaux et profonds que je pouvais m'y noyer des heures durant, ton torse si bien dessiné, tes clavicules saillantes et ta pomme d'Adam.
Je me rappelle le chaud contact de ta peau contre la mienne, dans cette étreinte, cette fusion de nos êtres. Et tes mains, tes doigts dansant sur ma peau, mon corps frémissant sous tes amoureuses caresses, ta langue habile passant de mes pectoraux à mon cou. Je me rappelle cette nuit qui aurait fait rougir le plus expérimenté des hommes en la matière. Je me rappelle la finesse de tes cheveux entre mes doigts, la force de ton dos sous ma main, ton corps entier respirant la puissance, l'assurance, la perfection.
Je me souviendrai toujours de cette dernière fois, cette dernière nuit passée à tes côtés, pour me réveiller enlacé par un corps vide et froid.