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Et l'eau s'engouffra en moi, emplissant mes sens et mon esprit, lavant mon être de sa peur et de ses faiblesses. La douleur envahissant mes poumons était comme un feu exaltant, purifiant mon essence tout entière.
Mon corps, inerte mais toujours parcouru par le flux impétueux de la vie, était ballotté au gré des vagues qui venaient se briser sur la rive, tandis que les dernières goulées d'air quittait mon corps en un filet toujours plus ténu de bulles.
L'obscurité commençait à m'embrouiller l'esprit, comme tant de drogues auparavant, et pourtant je ne m'étais jamais senti aussi lucide. Ma conscience flottait plusieurs mètres au dessus de mon presque cadavre, contemplant l'écume galopant sur mon dos.
C'est alors que la lutte pour la vie commença. Mon corps, dans un dernier effort désespéré, tentant de se libérer de l'étreinte de mon esprit, entama une série de convulsions de plus en plus violentes. Mais je tins bon, et en moins d'une minute, le manque grandissant d'oxygène mit fin à la bataille. Dans ce genre de situations, le corps finit par renoncer au précieux gaz, dans l'espoir de préserver le cerveau. Rien ne peut vous être plus fidèle que vous-même.
Et alors qu'enfin je me sentais partir, une autre douleur, cent fois, mille fois plus forte que tout ce que j'avais ressenti jusqu'à présent envahit mon être. Inexplicablement, l'air avait finalement trouvé un chemin vers mes poumons, bataillant avec rage contre l'eau, que vomissait mon corps au rythme des spasmes qui me prenaient. Un véritable brasier brûlait en moi.
Après une minute, qui me paru durer un millénaire, je cessais de me convulser. J'inspirais à grandes goulées cet air qui semblait s'enflammer tandis qu'il pénétrait dans mes poumons.
Alors, lui, qui m'avait sorti la tête de l'eau, me prit dans ses bras, me regardant droit dans les yeux. Je crois que son visage ruisselait de larmes. Je sentis sa chaleur corporelle me gagner aux endroit où nos peaux se touchaient.
La flamme de sa vie avait embrasé l'essence de mon être.
«Loup...»
Et tandis qu'un feu intérieur continuait de ravager mes poumons, je sombrais dans l'inconscience.

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