- CONCOURS.

Noh’Mad
Les flocons de neige tombaient sans relâche du ciel, couvrant les arbres d'un épais manteau lumineux. De petites stalactites s'étaient formées aux branches d'un unique arbre, comme si celui ci avait pleuré la mort de l'été, tandis que l'hiver s'était empressé de cristalliser ses larmes.
Derrière moi, le vent effaçait mes empreintes, comme mû par la volonté de chasser toute trace de vie de ce paysage aux nuances de blanc. La forêt s'étendait à perte de vue, les immenses troncs morts des arbres assassinés par le froid se levaient vers le ciel. On aurait juré que ce dernier reposait sur leur cime, tel une immense toile gris de cristal tendue au dessus du monde.
Après des décennies d'horreur humaine, Sieur Climat avait déchaîné sa colère. Personne ne se souvenait du début de l'hiver. Il était là avant nos grands-parents, et avant les parents de leurs parents. Depuis des générations, le froid avait pris possession de cette contrée, dévorant les corps jusqu'au plus profond de leur être. Parfois, les températures étaient si basses que l'eau infiltrée dans les roches les faisaient éclater en gelant.
Je continuai mon chemin, emmitouflé dans mon épaisse fourrure. Parfois, on entendait au loin le grondement d'une avalanche. La peau de mon visage était rougie par le froid, et la morsure du vent sur mes lèvres achevait de fissurer mes lèvres.
Après une après-midi entière à luter contre les éléments, j'arrivai enfin au pied de la cascade. Son débit était tel que même la plus glaciale des nuits ne parvenait à l'immobiliser totalement. Aujourd'hui plus que jamais, un vacarme assourdissant, étourdissant même, émanait de son pied.
En ce 24 décembre, veille de Noël, je vins me recueillir, comme chaque année. C'était ici, il y a maintenant cinq ans, que Diana s'était évanouie au bord du fleuve., sans personne pour la secourir. On l'avait retrouvée, le visage calme et serin, emprisonnée dans la glace, et on avait décidé de l'y laisser. Depuis, chaque année, l'hiver l'emporte un peu plus profondément dans les entrailles de la terre, recouvrant son corps de couches de glaces toujours plus épaisses. Pour l'instant, on distinguait encore sa silhouette, mais je ne pense pas que cela durera encore longtemps.
Je posai mon cadeau sur sa sépulture, un oiseau de proie taillé dans le bois, et lui envoyait un baiser. Cette année était la dernière, plus jamais je n’effectuerai le trajet du village à la cascade.
Je détachai ma fourrure et la jetai au vent. Je m'allongeai contre le sol, à même la glace. Bientôt, le froid m'aura à mon tour pétrifié pour l'éternité, et je ne ferai plus qu'un avec ma princesse à la peau diaphane et son royaume gelé.

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