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Julen.
Je me rappelle encore une fois ce soir là.
Il était paisiblement allongé sur l'herbe, le visage calme et détendu. Ses traits fins et sa personnalité envoutante m'avaient fait tomber sous son charme depuis longtemps, et il me plaisait de savoir que nous nous aimions. Sa peau était blanche, presque blafarde dans la lumière du clair de lune, mais son grain était parfait, pas une seule imperfection n’apparaissait sur son épiderme.
Notre musique, emplissait mon esprit, chassant mes peurs, tout comme sa présence pleine de force avait apaisé le fleuve tumultueux de ma vie.
Une légère brume nocturne flottait dans l'air, descendant en longs serpents aqueux depuis la cime des quelques arbres alentours. Une grenouille lointaine cherchait à séduire ses comparses féminines de son chant régulier. Une chauve-souris minuscule passa silencieusement au dessus de nos corps posés sur l'herbe fraiche.
Tout concordait pour que cette soirée soit parfaite, un sourire sincère illuminait mon visage et la joie explosait au fond de moi. Mes yeux ne cessaient de parcourir le corps étendu près de moi, faisant frémir mon être tout entier et se dresser mes poils sur ma peau.
La fraicheur nocturne était agréable sur ma peau échaudée par tout ce maelström d'émotions. La fin de l'été se faisait sentir. Un nuage passa devant l'astre nocturne, plongeant le monde dans une dimension toute en nuances de gris, révélant toute la beauté du ciel étoilé Un hibou en profita pour s'élancer sur sa proie.
Enfin, la lumière revint. Et alors que la lune nimbait son corps mort et froid d'une pâle aura, j'avais compris qu'à jamais mon cœur ne battrait réellement que pour lui. Moi qui l'avait tué.
https://www.youtube.com/watch?v=u-nFIo4f71g

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"Dites, vous, haïsseurs que j'ose appeler frères humains, fils de bonnes mères et frères en nos mères, frères aussi en la commune mort, frères qui connaitrez l'angoisse des heures de mort, pauvres frères en la mort, mes frères par la pitié et la tendresse de pitié, dites, mes frères, êtes-vous vraiment heureux de haïr et fiers d'être méchants? Et est-ce là vraiment le but que vous avez assigné à votre pauvre courte vie?
En vérité; je vous le dis, par pitié et fraternité de pitié et humble bonté de pitié, ne pas haïr importe plus que l'illusoire amour du prochain, imaginaire amour, mensonge à soi-même, amour dilué, esthétique amour tout d'apparat, léger amour à tous donné, et c'est-à-dire personne, amour indifférent, angélique cantique, théâtrale déclaration, amour de soi et quête d'une présomptueuse sainteté, vanité et poursuite du vent, dangereux amour mainteneur d'injustice, d'injustice par ce trompeur amour fardée et justifiée, ô affreuse coexistence de l'amour du prochain et de l'injustice, stérile amour qui au long de deux mille années n'a empêché ni les guerres et leurs tueries, ni les bûchers de l'Inquisition, ni les pogromes, ni l'énorme assassinat allemand, ô affreuse coexistence de l'amour du prochain et de la haine."

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«je n'avais même plus la force de pleurer.»

Mr.Elric
Chaque fois que j'étais seul avec toi, j'avais l'impression d'être de nouveau vivant. Je me souviendrai toujours de cette dernière fois.
Nous rentrions à ton appartement après une soirée à l'opéra. Nous étions passé à pied par le bord de la rivière, main dans la main, tête contre épaule. A elle seule, ta présence chassait toutes mes angoisses, vidait mon esprit de ses éternels tourments. J'avais trouvé l'abri.
Je me rappelle ta voix, me murmurant des mots d'amour, envoutante. Je me rappelle le cerisier en fleur dans ton agréable jardin. Je me rappelle tes bras me soulevant, tel le jeune marié porte sa femme vers son lit de noces, pour traverser les allées de ton verdoyant jardin. Puis tu m'as déposé pour ouvrir la porte. Et nous sommes entrés.
A peine la porte était-elle refermée que tu m'enlaçais dans tes bras et pressais tes lèvres contre les miennes. Mon cœur battait au rythme d'une soirée endiablée à Broadway. Je passais mes mains sur ton torse et ton cou, sentant la douceur de peau, les tiennes vagabondaient en sur mes fesses et mon dos. Dans ces moments là, tu libérais cet animal en toi pour devenir ce mélange de douceur, de passion et de force, cet homme si sensuel... Je me souviens, tes doigts qui déboutonnent ma chemise, ta langue dansant avec la mienne en une éternelle valse.
Je me rappelle aussi le plaisir, le plaisir corporel, le plaisir d'aimer, le plaisir d'être aimé, le plaisir de ne plus être seul. Et le bonheur, le bonheur galopant dans mes veines comme la rivière dévale la montagne, la joie qui m'embrumait l'esprit, me faisant oublier jusqu'à mon propre nom. Seul m'importait d'être entre tes bras.
Je me souviens la chute de chacun des vêtements que nous portions, l'un après l'autre, notre marche vers ton lit sans que jamais nos lèvres ne se séparent.
Je me souviens tes yeux, si beaux et profonds que je pouvais m'y noyer des heures durant, ton torse si bien dessiné, tes clavicules saillantes et ta pomme d'Adam.
Je me rappelle le chaud contact de ta peau contre la mienne, dans cette étreinte, cette fusion de nos êtres. Et tes mains, tes doigts dansant sur ma peau, mon corps frémissant sous tes amoureuses caresses, ta langue habile passant de mes pectoraux à mon cou. Je me rappelle cette nuit qui aurait fait rougir le plus expérimenté des hommes en la matière. Je me rappelle la finesse de tes cheveux entre mes doigts, la force de ton dos sous ma main, ton corps entier respirant la puissance, l'assurance, la perfection.
Je me souviendrai toujours de cette dernière fois, cette dernière nuit passée à tes côtés, pour me réveiller enlacé par un corps vide et froid.

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{QG} « Si t'avais pu la sauver, t'aurais fais comment hein? T'aurais fais quoi? Putain t'aurais fais quoi?! »

Noh’Mad
Je lui aurais parlé. Je l'aurais pris dans mes bras. Je lui aurais parlé. Je lui aurais rappelé toutes les raisons qu'il avait de vivre. Je lui aurais expliqué. Tout. Je l'aurais supplié de pas me laisser, de pas faire comme moi avec lui. Je lui aurais juré qu'à partir de ce jour je ne l'aurais plus jamais laissé seul, que j'aurais tenu la promesse que je lui avais faite. Je l'aurais embrassé.
Et je l'aurais serré,serré jusqu'à ce qu'il laisse tomber son flingue, son putain de flingue qu'il tenait contre sa tempe.

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Lettre ouverte à mon Loulou.
Je profite de ton sommeil pour poser ces mots ici.
Je ne te connais pas tant que ça, en fait je te connais à peine. Si j'étais en train de lire le livre de ta vie, je n'en serais qu'à peine à la première page.
Mais je sais comment tu te vois. Je vais pas passer des heures à écrire sur le bienfondé ou non de cette vision. Je ne te connais pas assez pour cela et, quand bien même, ce n'est pas ceci qui m'intéresse, loin de là.
Oui, car si j'écris ces mots, c'est pour te faire une déclaration d'amour et d'amitié, un mélange des deux, pas vraiment l'un, pas vraiment l'autre. Une subtile association, agrémentée d'une pincée de "je t'aime bien" et d'un soupçon de "j'm'en fiche je fais c'que j'veux". Eh, c'est comme ça, je n'en fais qu'à ma tête, que veux-tu? Je n'écoute personne d'autre que moi, parfois en dépit du bon sens.
Je veux bien l'admettre, je te fais confiance là-dessus, mais aussi sur tout le reste, tu es noir. Noir comme une nuit d'hiver sans lune ni étoile. Et je m'en contrefiche. Tu peux bien essayer de me chasser à coups de couteau, tu peux bien m'envoyer des mots tranchants au visage, poignarder mon cœur à l'aide de ta langue, "j'ai la peau épaisse et un cœur élastique".
Et puis bon, tu connais sûrement ce bon vieux "Paul le poulpe"! Eh bah je suis un peu pareil, j'ai des ventouses.
Et je ne veux pas te lâcher.
Lorsque le monde entier pèse sur tes épaules, je voudrais t'offrir une étreinte chaleureuse, pour que tu sentes que je t'aime.
Et quand tu pleures... quand tu pleures... j'ai envie de t'étouffer, de te serrer contre moi à t'en briser les os, de sécher cette tristesse avec ma peau. Je supporte pas de savoir que tu pleures.
Je te dois une nuit de ma vie, juste pour toi, je l'ai promis. Et toi, tu me dois une soirée passée à écouter avec moi.
Et comme j'aime pas mentir du tout, t'as intérêt à me laisser la tenir, cette promesse. C'est de l'Aimitié?

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Cette fois c'est idiot. Mais c'est moi qui ai besoin de deux trois mots.

J'te tiens dans mes bras, contre moi. Tu penses pas. Tu te tais et tu écoutes la musique.
La route s'étend devant moi, si loin, si loin... Je suis à terre, les genoux endoloris par ma chute. Je n'me rappelle pas comment je suis arrivé ici, c'est bien la première fois que j'oublie quelque chose... Je regarde autour de moi. Devant, il y a la route, juste la route, cette route qui parait infinie, vide, et le brouillard dans lequel elle finit par se plonger. Mystère complet.
Derrière moi, il y a aussi la route, mais une route toute droit sortie d'un poème surréaliste de Rimbaud. Le ciel est gris de cristal. Je vois le sentiment d'un Noël en famille, le désir provoqué par la première femme de ma vie, je vois une rivière de larmes qui coule ici, qui disparait là et qui ressort plus loin. Je sens même le bonheur qui flotte dans l'air. Tous mes souvenirs forment un seul et même tableau, aux infinis nuances, des plus sombres aux plus claires.
Mais j'ai mal, mes genoux hurlent leur douleur. Je pleure. Cela faisait longtemps tiens. Je savais pas que je pouvais encore pleurer de douleur. J'essaie de me redresser. Mes jambes tremblent sous la souffrance. Je dois me lever, avancer. Mais je m'écroule. Mes yeux pleuvent toujours, mais de rage. La rage de cette impuissance, la rage de cette vie qui se débat en moi sans pouvoir surgir, clouée au sol.
Comment est-ce que j'ai pu en arriver là? Je n'arrive pas à former la moindre pensée cohérente, seule la douleur est omniprésente. Qu'est ce qu'il m'arrive? Pourquoi est-ce que je n'arrive plus à rien? J'étouffe, le monde tourne autour de moi, mes temps vont exploser. Je perds connaissance.
La douleur a eu raison de moi, elle a gagné. Je vais me laisser sombrer, si je ne me réveille jamais, je ne pourrai plus souffrir. La chute est longue. Comme pour Alice qui tombe dans son trou vers le Pays des Merveilles. Mais moi je n'y arriverai surement pas. Quand la douleur mentale gagne, qu'elle amène son désespoir, c'est pas là qu'on va. C'est pas là.
Non, c'est pas là-bas qu'on va, quand on se laisse abattre par le malheur. J'ouvre les yeux. Y'a une dame qui m'attend en bas, elle me fait un joli sourire, elle sait qu'elle a gagné, alors elle m'attend. Elle n'est pas pressée, elle sait qu'à un moment je vais arrêter de tomber et m'aplatir à ses pieds.
C'est là que je l'entends. La musique. Elle est douce cette musique. Elle vient, elle me prend dans ses bras. C'est étrange, la musique elle me dit tout, elle me dit pourquoi j'étais tombé sur la route. J'ai l'impression qu'elle sait tout, elle contient les mêmes émotions que moi! Mes émotions...? Je... je les sens! Je les sens, mes émotions! Alors... je ne suis pas mort, pas encore!
J'ouvre les yeux. Je suis éblouis. Je vois les silhouettes qui se tiennent derrière moi. Mon père, ma mère et tout ceux qui comptent pour moi. Ils me sourient. J'ai mal, mais ils sont là avec moi. Alors je me lève. Je leur souris. Je leur tourne le dos. J'ai mal. Mais je continue ma vie.

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Paul. Cette question, n'en est pas vraiment une. Juste, j'ai besoin de mot. Alors, réponds y, dès que tu le veux. Mais par pitié, du moment qu'tu m'fasse voler..

Julen.
"Allez, viens loulou. Non, pas pour m'faire un câlin, j'sais qu't'aimes pas ça. Tais-toi, viens j'te dis. Allonge toi là. Tu vois les étoiles? Ok, bon alors écoute, j'vais jouer pour toi ce soir. Rien que pour toi. J'te l'avais promis. J'ai déjà brisé une promesse ce soir, j'vais pas recommencer encore.
J'vais poser mes doigts sur le clavier, j'vais pianoter. Mal, surement, j'sais pas bien jouer quand je suis devant quelqu'un. Ta part du boulot, c'est d'rêver, ok? Tu mets tes propres mots sur le morceau. Je joue, et toi tu t'envoles, comme ça j'parais moins nul. T'es prêt?"
La lune est haute, le ciel, noir d'encre. La chaleur de la journée d'été flotte encore dans l'air. Mes pieds nus foulent l'herbe de la prairie. Il est quelque part, je le sais, il m'attend! Et moi je vais le rejoindre. Mais je dois le trouver, alors je le cherche. Je sens son odeur, je la reconnaitrai entre toutes celles que l'on trouve sur Terre. Toutes ces années à l'attendre, le voilà enfin. Il est assis, sur un rocher qui parait gris dans la lumière du clair de lune. Je tremble.
Son dos nu s'offre à mes yeux. Assis, les jambes croisées, immobile et patient. Je marche vers lui. Les quelques mètres de végétaux qui nous séparent semblent être des années lumières. Une légère brise me pousse vers lui. Une éternité plus tard, je me tiens debout derrière lui. Mais je n'avance plus. J'ai trop peur qu'il ne soit qu'un rêve, un putain de mirage créé par mon cerveau, une image qui volera en éclat au premier contact. Parce-qu'il n'existe pas, si? Mais pourtant... n'est-il pas devant moi? Faut qu'je tente ma chance. J'ai plus rien à perdre. Ma main se lève et se pose sur son épaule. Elle est chaude, elle est douce, en chair.
Lentement, lentement, il tourne sa tête. Je vois d'abord son oreille, parfaite. Puis son œil, parfait. Son nez, sa bouche, son visage tout entier, expression de la perfection sur terre. Il n'a pas changé, pas vieilli, et pourtant les années ont passé. Toujours le même regard qui me bouleverse, qui mélange tous les composants de mon corps, qui gonfle mon cœur. La lune se reflète dans ses yeux profonds.
Je ne peux me décrocher. Je fixe son visage. Ile me sourie et se lève, me dominant de quelques dizaines de centimètres du haut de son promontoire.
Il me tend sa belle main, sans dire mot. Je la prends, il me hisse sur son rocher, colle son corps contre le mien. Il tient mes mains, une dans chacune des siennes. Il prend ma main gauche et le pose sur sa hanche, et pause sa main droite sur mon épaule.
Et c'est là que je l'entends. C'est elle qui m'a guidé là, sans même que je m'en rende compte. La musique, sa musique, ma musique, notre musique. Je pleure.
Merde alors, des années que je l'attends, et voilà que je pleure. C'est con quand même. Il rigole, dénude ses dents, si blanche dans la lumière de la lune.
La musique vole à présent partout dans la prairie, forte, puissante comme la vie. Il fait un pas, deux pas. Un, deux, troix. Un, deux, trois. Et nous valsons.

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Belle.
Les larmes du ciel coulent sur mon visage et ruissellent sur mon corps glacé. Tout autour de moi, les arbres, dénudés de leur feuillage par l'hiver, dressent leurs sinistres membres vers les noirs nuages. Exilé solitaire, je marche entre les piliers de bois.
Tous les soirs, l'envie revient, cette fois plus forte que jamais. Mes pas trainants me guident vers le même arbre que la dernière fois, le même arbre que la première fois. Personne ne vient ici, dans les profondeurs de la forêt. Je suis seul.Hormis la rumeur de la pluie, la forêt est muette. Les feuilles mortes forment d'un tapis humide sur le sol.
Comme à son habitude, la corde est suspendue à la plus grosse branche, et porte son nœud coulant. Des serpents de brouillard serpentent autour du tronc. Je m'immobilise et clos mes paupières. Je porte une main à mon cœur: la vie bat encore en moi, mais pour combien de temps?
Une image me vient en tête. Le livre de mon existence, posé sur une table. Je m'en approche, et appose le point final, avant de le refermer, la couverture vers le bas. Je peux même lire la quatrième de couverture de ce qui serait l'histoire de ma vie, écrite en caractères blancs sur fond noir:
"Il fut entouré de personnes qui le laissèrent seul face à la mort."
Tout y aurait été dis. Le choix ne revient qu'à moi seul, personne d'autre ne compte assez pour faire cela avec moi.
J'ouvre les yeux.
Une femme drapée de noir se tient devant moi, sous la corde, et me présente ses bras grand ouverts. Il serait si bon de s'y glisser; elle pourrait réchauffer mon corps et mon âme dans une chaleureuse étreinte... la tentation est si forte!
Un loup blanc se place à mon côté, aussi bruyant que la chute d'une plume. Inconsciemment, ma main se pose sur sa tête. Sa fourrure est si douce, d'une tiédeur apaisante... La puissance de son être me traverse dans ce contact, son esprit envahit le mien, puis se retire aussi vite que la vague qui s'est brisée sur le rivage. L'animal s'en va, je referme les yeux.
Pas ce soir, jolie demoiselle, pas ce soir, gente dame, il me reste un ultime espoir! Je refuse de lâcher, de tout abandonner! Je reviendrai demain. Et peut-être le jour suivant, et ainsi de suite. Mais pas ce soir, ma chère amie.
Cette nuit aussi, je m'accroche à la vie.

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Imaginons qu'il ne te reste que 24 heures à vivre que ferais-tu ?

Je continue ma course sur la route.Le ciel est d'un noir profond. Le froid de la nuit tente de s'insinuer en moi. Je cours, encore et encore. Une foulée, encore une. La vapeur d'eau que j'expire se condense en un gros nuage de buée, je suis tel une locomotive à vapeur.
J'ai mal. Mes jambes me hurlent leur douleur et leur fatigue, mon souffle est irrégulier; je dresse mes murailles dans mon esprit. Ce soir, elles ne doivent pas céder.
Les arbres projettent l'ombre de leur immenses feuillages sur mon chemin, je ne distingue rien par terre. La moindre irrégularité sur mon chemin et je ne me relèverai surement pas. La fin. Mais j'prends l'risque, cette nuit j'm'accroche à la vie.
Chaque mètre parcouru me rapproche de mon objectif, de cet espoir fébrile, la dernière lueur avant de sombrer dans le noir et l'oubli.
La douleur me vrille les tempes, j'ai l'impression qu'un feu de forêt entier brule dans mes poumons.
J'peux pas, j'peux pas abandonner, j'peux pas lacher!!! J'dois obliger mes foutues jambes malades à avancer, un pied devant l'autre, encore, et encore, jusqu'à la fin!
Je vire à gauche. Les feux de route passent au vert à mon approche, comme pour m'encourager. A droite. Le chemin remonte. Je n'en peux plus, je ne suis pas sur d'avancer encore. Je ne fais même plus l'effort d'avaler ma salive, elle coule dans mon cou tel un chien enragé. Et j'le suis après tout, plein de rage, cette rage de vivre, jusqu'au dernier moment, d'finir mon temps comme j'le veux, pas avant.
Je vois l'enseigne publicitaire qui m'indique que j'approche du but. C'est le sprint final, la fin, la partie la plus dure, le regain d'espoir, la vue de la ligne d'arrivée.
Je me traine plus que je ne coure réellement, mais au moins j'avance, pas après pas. Je boitte.
J'arrive devant le portail qui garde un petit jardin bien entretenu. Je tourne la poignée et exerce une poussée ridiculement faible dessus. Lentement, il tourne sur ses gonds métalliques. Le froid est intense, brulant sur ma peau échauffée par cette course.
Après un temps qui me semble infini, j'ai traversé les quelques mètres de parterres de fleurs du jardin et suis enfin arrivé devant le pas de la porte. Je sonne.
Rester debout en attendant que quelqu'un ouvre le dernier obstacle me demande un effort incommensurable. Enfin quelqu'un arrive. On entrouvre la porte, un œil me regarde dans l'interstice. Je le reconnaitrai entre mille.
Il ouvre la porte en grand à la volée, je tombe dans ses bras sous l'épuisement. J'ai utilisé bien plus de forces que je n'en avais à ma disposition. J'inspire et expire comme un bœuf, mais avec la puissance d'une fourmi. Je sens ma conscience qui s'en va. Il approche sa tête de la mienne, muet, peut-être choqué. Je ne dois pas lui laisser le temps de se remettre de la surprise, après il sera trop tard. Il est temps. J'essaie de parler, mais c'est tout juste si un murmure s'échappe de ma bouche.
"Je t'aime, Fou, je t'ai toujours aimé..."
Et la mort m'accueille dans ses bras maternels.

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A "Alexandre".
Il est mort hier.
Ils me l'ont dit. Maman était assise à côté de moi. Un simple appel. Pourtant, c'était une journée pas moche du tout qui s'était déroulée jusque là, presque joyeuse. Un simple appel qui vous détruit.
"Alexandre? Pierre est décédé. Excuse moi de te l'annoncer comme ça, je sais que vous vous connaissiez depuis longtemps. L'enterrement aura lieu vendredi, je t'envoie les autres détails par message, je ne veux pas parler plus de ça. On doit être courageux."
Je me lève de mon siège. Elle a déjà raccroché. Pas le temps de s'y préparer, aussi subit qu'un éclair. Une montagne qui s'abat sur vos épaules. Et les larmes. Il pleut dehors, il fait froid. Mon téléphone est par terre, je ne me rappelle pourtant pas l'avoir laissé tomber.
Maman semble inquiète, elle a surement vu mon visage blêmir.
"Pierre est mort." Ma voix n'est qu'un murmure étouffé par ma gorge.
Mes genoux vacillent, sont-ils faits de mousse? Je marche d'un pas incertain jusqu'à ma chambre et m'écroule sur mon lit, roulé en boule. Et je pleure, hurle ma peine en silence, maudit la vie, cette vie injuste.
Maman m'a suivi et tente de me prendre dans ses bras, je la repousse, elle s'en va. S'est-elle sentie rejetée ou bien a-t-elle vu mon geste comme besoin de solitude? Je ne sais pas. Je m'en fiche. Le sel laisse le goût âpre de la tristesse dans ma gorge, tandis que les larmes me troublent la vue. Je reste là plusieurs heures, cédant parfois aux sanglots que m'amène le chagrin. Je sombre dans les ténèbres réparatrices du sommeil.
Dix heures ont passé lorsque j'émerge, mais il me semble n'avoir dormi que quelques minutes. J'ai l'impression qu'on a creusé en moi. Je ne pleure plus. Je n'y arrive plus. Je vais dans la cuisine et me désaltère à me noyer, puis me dirige vers la salle de bain, vidé de toute pensée. L'eau brulante ruisselle sur la peau pâle de mon visage, m'emplit de calme. Je reste ainsi pendant un moment qui me paraît éternel. Le chagrin est toujours là, comme une plaie béante, toujours aussi fort. Mais il commence à s'intégrer en moi. Le temps fera le reste.
Demain, j'irai à l'enterrement. Je pleurerai surement de nouveau. Oui. Des gens seront aussi triste que moi, d'autres plus. Certains ne seront la que pour la forme, sans doute.
Ensuite, peut-être que mes proches me diront qu'ils ont du chagrin pour moi. Mais je m'en fiche.
Et la vie continuera, mais jamais je ne t'oublierai.

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Plusieurs de mes amis hétéros m'ont déjà dis d'un ton bourru "Si j'étais gay..." avant d'ajouter précipitamment "...mais-je-ne-le-suis-pas-mais-si-je-l'étais; je veux que tu saches que tu aurais été l'homme de ma vie."
Ils sont souvent ivres quand ils vous lâchent ça. Ils vous regardent comme s'ils venaient de vous offrir une Mercedes pour votre anniversaire avec le sourire de Barbapapa à Barbibulle, tandis que, de votre côté, vous passez en revue les différentes techniques de torture à votre disposition pour vous venger. Car, non contents de vous assener ce dont ils vous frustreront à jamais, ils attendent que vous admiriez leur sincérité. Les femmes ont raison, les hommes peuvent être de vrais salauds quand ils s'y mettent.

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"C'est quand on ne s'y attend pas. On y pose le regard, c'est le choc.
Le monde entier s’abat sur nos épaules, notre ventre se replie sur lui-même, notre corps entier part en déliquescence. On essaie de rester calme, serein, mais corps et âme nous hurlent de nous plonger encore, et encore dans ces yeux si profonds, si limpides et troubles, jusqu'à nous y noyer."

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